dimanche 27 octobre 2013

Invitation à ROHATSU !

500 ans avant JC, c’est la « grande période Axiale » de l’humanité : les philosophes grecs, Lao Tseu, la bible, le Bouddha ! Dans un même mouvement, l’humanité  tourne son regard vers d’autres formes de spiritualité et de réalisation intérieure.

A partir de là, qu’est-ce qu'il leur reste à faire, à tous les cuistots de la spiritualité qui vous servent réchauffées sur un plateau les paroles tombées de la bouche des anciens dont ils ont récupéré les miettes ? A coups de sermons, de prêches et d’enseignements, ils endorment leurs auditeurs dans les vapeurs de leur cuisine spirituelle à base de surgelés !

Et moi je fais quoi ? Et bien je donne l’exemple. En un mot je pratique. Pas un jour sans zazen. Pas une sesshin sans participer à toutes les assises. Suis-je sur les traces du bouddha ? Qu’importe. Je me contente d’avancer humblement sur les traces de mon être authentique. Et pour cela un seul chemin : faire zazen. Et pour approfondir le zazen, une seule voie: faire une sesshin. Et pour connaitre l’intensité d’une vraie sesshin, un seul moment : Rohatsu !

Finalement, la prochaine révolution Axiale, elle est juste devant nous, sous notre nez : c’est Rohatsu qui s’approche et qui nous permettra tous ensemble de tourner avec force nos regards à l’intérieur de nous même.

Taïkan Jyoji

samedi 3 août 2013

Exhortations de la sesshin d’été 2013



La raison pour laquelle on pratique le zen c’est pour avoir une expérience profonde de soi-même. Mais pour arriver à la réalisation, à l’éveil, peu importe le nom qu’on lui donne, si on court après cette réalisation, on crée un fossé qui empêche d’y arriver.
Quand on se concentre sur ses respirations il ne doit y avoir aucune autre intention sinon celle d’être concentré sur ses respirations. C’est le seul moyen de s’approcher de son être authentique.
Et c’est pour ça qu’on fait des sesshins. On fait zazen ensemble, on souffre ensemble, certains bougent ensemble, on vit ensemble.
En dehors des entretiens individuels, n’attendez pas de moi que je « donne des enseignements ». On trouve partout des gens qui « donnent des enseignements », qui bourrent le crâne d’enseignements. Et le bourrage de crâne procède au contraire du zazen puisqu’on se dirige vers le vide, la non-pensée. Zazen c’est vider son crâne de son contenu inutile, de ce qui ne sert à rien.
Je ne vois pas à quoi ça sert de suivre des enseignements si après il faut s’en débarrasser. On n’a pas à remplir sa tête d’enseignements pour ensuite la vider. C’est un peu idiot. Il y a plein d’aveugles qui donnent des enseignements aux borgnes. On ne va pas loin avec ça.

Le meilleur "enseignement" vous le tirez vous-mêmes, par vous-mêmes, de votre zazen.

Se concentrer, s’impliquer dans son va et vient du souffle c’est le seul processus à suivre. En se concentrant sur ses respirations on se concentre sur son principe de vie même.

T. Jyoji

samedi 23 février 2013

Exhortation de fin de sesshin.


On l’oublie, mais le Zen est issu du Zazen, et non le contraire. Ce n’est pas du Zen qu’est né le zazen mais du zazen qu’est né le Zen. D’abord on fait zazen et de ce zazen le Zen se crée. Sans zazen il n’y a pas de Zen. Les maîtres du Zen ont d’abord commencé par s’asseoir. Et bien c’est ce qu’on fait ici à fond à la Falaise Verte.

En Occident on veut savoir d’abord. On veut savoir avec sa tête ce qu’est l’Eveil. Mais la connaissance intellectuelle ne sert à rien dans le processus de réalisation. Notre crâne est déjà plein à déborder de savoir de toutes sortes de choses. On en sait assez sur tout. Tel que vous êtes, avec l’intelligence que vous avez, la petite intelligence qu’on a, ça suffit pour arriver à l’Eveil. Inutile d’en rajouter, ça va déborder.

Le Zen c’est : Zazen, Kinhin, Samou. (Le samou, travail manuel, joue un rôle important dans le processus de réalisation.) Si vous êtes dans l’attente de sermons, de prêches, de conférences, alors ce n’est pas ici qu’il faut venir. Ici, on s’assied d’abord, on comprend après. Pas de théorie. Pas de beaux discours.

Bodhidharma a défini les bases du Zen en 4 lignes. 9 ans assis en zazen devant un mur pour sortir 4 lignes, soit l’essence du Zen. On n’a jamais fait mieux :

    Ne dépendre ni des mots ni des écritures Une transmission indépendante en dehors des doctrines écrites
    Montrer directement à chaque homme son esprit originel
    Voir dans sa vraie nature et instantanément réaliser sa Nature-de-Bouddha

Donc : « Réaliser sa Véritable Nature » (ou Nature-de-Bouddha). Et depuis c’est comme ça qu’on procède : S’assoir pour réaliser sa véritable nature. Et c’est ce qu’on fait ici. On pratique encore et encore. Rappelez-vous : C’est le zazen qui a fait le Zen, votre Zen.

 T.J.

mercredi 30 janvier 2013

Vœux pour la nouvelle année 2013




En cette nouvelle année, ne soyons pas présomptueux en vous souhaitant une improbable illumination... mais d'accéder à l'échelon situé juste au-dessus de celui sur lequel vous vous trouvez. Ça c'est possible !

Au cours du week-end du nouvel-an qui s'est déroulé à la Falaise Verte, après le "Zazen de minuit" chacun a récité un haïku. Le mien se présentait ainsi :

  Mes dernières pensées
Tombent les unes après les autres
Cette ultime soirée de l'année
T. J.

A vous aussi je vous souhaite de laisser tomber vos pensées inutiles les unes après les autres, et qu'elles s'entassent comme des feuilles mortes autour de votre coussin de méditation !

samedi 10 novembre 2012

Exhortation à l’approche du Rohatsu : 24 novembre – 1er décembre


En y pensant on commence à avoir peur. Et beaucoup qui ont fait l’expérience d’une sesshin normale se disent pas encore prêt à participer à Rohatsu. Là n’est pas la vraie raison. C’est la peur qui les retient. La peur de ne pas dormir assez, la peur de trop de zazen. Cela dit en passant, personne n’est jamais mort de trop de zazen.

Une autre peur aussi : La crise. On est en période de crise alors il faut « faire attention ». Et dans ce cas la peur paralyse tout esprit de créativité, d’initiative. Plusieurs personnes aimeraient faire rohatsu mais au nom de la crise et de la peur qu’elle génère arrêtent leurs élans. Alors que le zazen va nous conduire dans des régions inexplorées de nous-mêmes, et développer, ce n’est quand même pas négligeable, un optimisme, une foi, un rayonnement intérieur qui amène à traverser les difficultés de la vie sans être abattu à l’avance par ce qui peut nous arriver.

C’est justement dans des moments où le monde va mal qu’il est important de consolider ses structures intérieures afin de ne pas céder à la peur, qui elle, est destructrice. Rohatsu va vous déboulonner ces craintes et ces angoisses qui ne sont d’aucune aide pour faire face aux difficultés de la vie, et faire émerger les énergies positives et créatrices enfouies au fond de vous. Et retourner à la maison avec une vision radicalement neuve de sa propre nature.

Une fois sa décision prise, le samedi 24 novembre, pendant le trajet de chez vous au Zendo, construisez un mental solide comme des barres d’acier.

T. Jyoji

dimanche 2 septembre 2012

La bougie

La bougie, à n’en pas douter, est un progrès sur la lampe à huile. Mais avant que la bougie n’existe était-on dans son besoin ? Non. On se contentait de la lampe à huile, docilement, sans se plaindre. Au crépuscule on remplissait les récipients puis on les allumait. Le plus tard possible pour faire des économies. Sauf chez ceux qui avaient les moyens. L’ « économie » n’existait pas encore. Lorsque la bougie arriva, le glas de la lampe à huile était sonné. On n’a plus eu besoin de la lampe à huile. On a changé de besoin.
Mais y avait-il un désir de changement là derrière ? En tous cas quelques individus s’étaient penchés sur la question : comment améliorer l’éclairage des maisons ? Et on s’est rué sur la bougie dont rapidement on n’a plus pu se passer. On pouvait très bien se passer de bougie tant qu’elle n’existait pas. De là est né le désir de posséder des bougies. Plein de bougies ! Des grandes, des petites, des grosses, des fines, utilisées à divers usages. La ruée sur les bougies était née.
Les fabricants de bougies, les marchands de bougies, les intermédiaires, les transporteurs, l’Etat qui taxa la cire après avoir taxé l’huile, cela arrangeait beaucoup de monde. Jusqu’au jour où un illuminé, Edison en personne, invente après qu’on l’eut découverte, le transport de l’électricité. C’en est fini des bougies. Ou presque. On n’en a plus eu besoin. Ou presque. On a besoin d’ampoules électriques !
Alors, comme on avait fabriqué des milliers et des milliers de bougies, on commence à fabriquer des milliers et des milliers d’ampoules. Les besoins varient, les désirs demeurent. Les fabricants de bougies font faillite. C’est la crise. Certains, qui avaient vu le vent tourner dès l’apparition des premières ampoules, se sont reconvertis dans la fabrication de quoi ? D’ampoules. Pour les intermédiaires ça ne change rien. Pour les transporteurs non plus. Les commerçants changent leurs panneaux publicitaires : « Ici on vend des bougies ampoules pas chères ! » « Utiliser 1 ampoule c’est bien, 2 c’est mieux ! » « Achetez deux ampoules, on vous en offre une troisième ! » Dans une autre vie je me souviens avoir lu ceci : « Quiconque tient à l’illumination tient à ses ampoules ». Ou encore : « Pour être Eclairé rien ne vaut les lampes X ». Ou encore ceci : « Pour éclairer votre lanterne faites confiance aux lampes Y ».
L’Etat continue à se régaler. Sur la même ampoule il taxe celui qui la fabrique, celui qui la distribue, celui qui la transporte, celui qui la vend, celui qui l’achète.
Le désir de « posséder plus » (donc de « travailler plus », ce qui me rappelle une certaine formule) est en train de se réveiller. On sort du besoin pour aller vers le désir et en fin de compte le désir créé le besoin. On n’a jamais eu besoin de ce qui n’existait pas ! Du temps de la lampe à huile je ne me souviens pas avoir entendu une seule personne se plaindre du manque de bougies. Avant que le téléphone portable n’existe personne ne se plaignait de ne pas en avoir.
Face au progrès, quelle est la position du Zen en dehors de celle d’être assise les jambes croisées ? On utilise ce qui existe sans être utilisé par ce qui existe. Le téléphone portable existe, j’utilise le téléphone portable. S’il tombe en panne, qu’à cela ne tienne, j’utilise le deuxième. (En l’occurrence, le deuxième téléphone c’est celui du Centre de la Falaise Verte.) Et si, faits rarissimes, à cause des batteries par exemple, ils devaient tomber en panne en même temps, je me suis déjà largement préparé à cette idée, je m’en « foutrais » complètement. Etes-vous sûr que vous vous en foutriez tout autant ?
A Shofuku-ji lorsque j’y étais, un Gentil Bienfaiteur, appelons-le un GB, fit cadeau d’une machine à laver au Maître. Lui ne l’a jamais faite fonctionner. Ce n’est pas à son âge qu’il allait apprendre comment on fait. C’est son serviteur qui lavait les affaires du maître. Il profitait en même temps de laver les siennes… Tous les autres bonzes lavaient leur linge à la main, à l’huile de coude, au savon de Kobé et à l’eau glacée en hiver, tiède en été. Plusieurs années plus tard lorsqu’en 85 je fis une nouvelle retraite de près d’un an je constate qu’une machine à laver est au service des bonzes de la partie administrative du monastère. Aujourd’hui une machine à laver est installée aux quartiers des bonzes directement affectés au hall de méditation. Plus besoin d’huile de coude, on en fait l’économie. Les GB ont pitié de ces pauvres bonzes et se débarrassent utilement pour nous embarrasser inutilement de ce qu’ils pensent être des cadeaux, ça donne bonne conscience, alors qu’ils ont juste envie de se procurer une nouvelle machine qui coûte plus cher mais qui étend le linge, le plie et le range automatiquement dans les placards.

Cela m’amène à la création d’un nouveau proverbe :
« On peut se passer de ce qui existe seulement si cette chose n’existe pas »

lundi 28 mai 2012

Une journée pas comme les autres


Shiki Masaoka, né en 1867 et mort à 35 ans, fut un poète qui fit revivre la poésie haïku. Il pratiqua zazen toute sa vie. Il vivait très misérablement et était atteint de tuberculose. Après sa mort, on découvrit de nombreux poèmes, écrits en partant de sa propre expérience de vie. Il disait que le Zen était quelque chose qui vous permettait de mourir avec le sourire. Autrement dit le Zen, à travers les efforts faits durant zazen, permet de trouver le courage pour passer à travers les épreuves, dont l’ultime, la mort.

     Les jours qui me restent à vivre
     Encore combien ?
     Nuits si brèves

La souffrance ressentie pendant les longues séances de zazen sert à mieux supporter les petits bobos, petites gênes, petits inconvénients, petites tracasseries de toutes sortes rencontrés dans son quotidien. La souffrance a une grande vertu de purification. A travers les souffrances, les scories s'éliminent. Et à la fin la souffrance n'a d'utilité que dans la mesure où elle est la conséquence de la création d'une activité pratique.
Le but n’est pas de se faire souffrir, car dans ce cas on va tout droit à la perversité, mais quelle personne n’a pas, suite à des aspirations diverses, une excursion par exemple, ressenti des douleurs de toutes sortes au cours d’une ascension ? S’en est-on plaint ? Non. Car l’objectif est d’atteindre son but : Le sommet. Et voilà comment ça se passe :
Hier en catastrophe vous êtes vite allée vous acheter une nouvelle paire de chaussures pour la randonnée, car les anciennes étaient trop anciennes. Et ce matin, c’est le départ. Alors avec ce groupe bien sympathique, malgré la femme d’un ex que vous trouvez un peu chipie à cause d’un reliquat de jalousie de votre part, gaiement vous abordez les premières pentes du sentier. Gaiement le papotage s’est installé, mais au bout d’un moment, comme ça grimpe, vous vous sentez essoufflée, pas étonnant avec tout ce que vous fumez tous les jours, donc vous barjaquez moins (expression du sud-est peu usitée qui signifie parler à tort et à travers. En zazen c’est la même chose, on pense à tort et à travers) et vous continuez en écoutant plus et parlant moins, ce n’est pas dans vos habitudes.
Et plus ça monte, plus vous trouvez que votre sac est lourd, pas étonnant, c’est chaque fois la même chose, vous ne pouvez pas vous empêcher d’emporter plein de choses inutiles, en vous disant chaque fois que « ça peut servir » mais vous n’avez pas besoin de tout ça et chaque fois vous recommencez. (Les personnes qui viennent en sesshin, c’est la même chose. On dirait qu’ils sont là pour trois mois.) Vous vous en voulez de ne jamais apprendre ou de chaque fois oublier ce que vous avez appris ! Au bout d’une heure vous sentez une petite douleur derrière le talon, oh pas grand chose, mais vous pensez que ce n’est rien (en zazen c’est aussi comme ça, au bout d’un moment on commence à avoir mal mais on pense que ce n’est rien et que ça va passer) même si vous n’avez pas eu le temps de rôder vos chaussures avant. (On n’a pas le temps non plus de rôder sa posture de zazen.) Tout le monde sait ça, vous avec, mais vous n’avez pas pu vous en empêcher, on ne commence jamais une randonnée qui va durer une dizaine d’heures avec des souliers neufs.
Mais la douleur au talon augmente, et maintenant c’est aussi à l’autre pied. Ce n’est pas grave, à la prochaine pause vous enlèverez vos chaussures et mettrez un petit pansement. Mais voilà, la pause arrive et vous avez beau chercher dans les multiples poches de votre sac et le vider devant vous et devant tout le monde qui admire le fatras, vous constatez que vous avez oublié la petite trousse sur le bord du lavabo de la salle de bain. Alors vous allez embêter tout le monde pour savoir s’il n’y a pas dans le groupe quelqu’un d’assez gentil pour voir dans son sac si un pansement ne s’y trouverait pas et comme les gens sont assez gentils bien que certains pensent que vous êtes une emmerdeuse ils vous trouvent des pansements (en zazen quand on souffre c’est l’ego qui souffre et vous avez beau faire le tour de tout le monde pour savoir s’il n’existe pas un petit truc, un baume quelconque, une astuce secrète pour atténuer la douleur, mais rien de tout ça n’existe pas et que la seule aide qui existe c’est, et là je vous livre le truc, le baume, l’astuce, le secret : endurer).
Donc vous continuez à monter, ce sont toujours les mêmes qui sont devants et toujours les mêmes qui sont derrières : vous. Et vous trouvez votre sac de plus en plus lourd et vous avez de plus en plus mal aux épaules, aux jambes, et ne parlons pas des pieds (en zazen aussi on a mal au dos, aux genoux, aux chevilles). Ça fait des heures que ça monte et vous vous dites que vous auriez bien pu faire la grâââsse matinée plutôt que d’être avec ce groupe qui ne vous attend pas. Et vous vous demandez ce que vous faites là (en cours de sesshin aussi, souvent on se demande ce qu’on fait là). Vos pieds sont une catastrophe. Les ampoules qui s’étaient formées ont éclatés et le frottement de la chaussette sur l’ampoule a fait partir la peau si bien que la plaie frotte directement la chaussette… Mais bon, le sommet arrive enfin, vite mettre son coupe-vent, boire un coup, tout le monde a le sourire, se congratule, l’un dit « comme c’est beau ces montagnes » et entonne justement :
     Là-haut sur la montagne
     L’était un vieux chalet
puis s’arrête parce qu’il ne connaît pas les paroles. Un autre dit « c’est pas le tout ça mais il faut manger ». Et tous de cœur à cœur (ishin denshin) (…) s’écrient le plus platement du monde : « Il faut manger pour prendre des forces ! » Alors chacun sort son petit en-cas, son petit sandwich, son petit frichti, chacun contenant, preuve d’une imagination sans borne et d’une fantaisie illimitée, la tranche de jambon pure porc. Mais « mes chers compatriotes » (pour utiliser une expression très en vogue ces derniers temps) que deviendrait-on en France sans cette « tranche de jambon pure porc » ? Je me le demande.
Bon, le temps passe, après « avoir repris des forces » on est fatigué, et une petite sieste dans l’herbe ferait du bien, mais le chef a donné l’ordre de rentrer (la réalité de la vie n’est pas au sommet d’une montagne tout comme la réalité de la vie n’est pas en zazen mais vous avez voulu vous débarrasser des soucis de cette existence en faisant cette excursion et vous vous êtes créées de nouveaux bobos en vous égarant au milieu de ces montagnes (en zazen on ne se crée pas de nouveau bobos on découvre les anciens) alors on attaque la descente vers la vallée. Et allégrement vous qui aviez mal en montant vous êtes devant parce que à la descente les plaies ne se frottent plus sur l’arrière de la chaussure. Par contre il ne faut pas longtemps pour que vous sentiez vos orteils toucher cette fois le bout de vos chaussures neuves et qu’il ne faut pas longtemps pour sentir que de nouvelles ampoules se forment, mais clopin-clopant vous arrivez quand même en bas de la pente (comme cahin-caha on arrive en fin de sesshin des escarres aux fesses). On se congratule à nouveau, éreintés, mais content d’avoir découvert de beaux espaces, (rien toutefois à comparer avec les grands espaces vides qu’on découvre en méditation en tournant ses regards sur fond de néant).
Maintenant que vous avez compris que faire une excursion ou faire une sesshin c’est exactement la même chose, on a toujours mal quelque part et que si vous oubliez votre boîte à pansements ça n’a pas d’importance, sauf qu’en rando quand ça ne monte pas ça descend et qu’en zazen, ça monte et ça n’en fini jamais de monter en demeurant immobile, sans faire un mouvement, en se retrouvant toujours au même point. Et, chose étonnante, aussi haut qu’on monte jusqu’à son altitude on est toujours à la hauteur de la situation à laquelle on doit faire face dans la vie. C’est beau, non ?

Taïkan Jyoji

© Taïkan Jyoji 2011