lundi 3 avril 2017

Misogi (Bain purificateur)



« Bain purificateur » (misogui) hebdomadaire…

 

            Dans ma « gouille »[1] secrète
            Tout l’hiver je m’y suis baigné
            Certaines fois
            L’eau gelait
            Résultat :
            Pas un rhume, pas une grippe.
            C’est si beau que je pourrais mourir ici
                                   T. J.


Photo T. J.

 

[1] Mot utilisé dans la région des deux Savoie et de la Suisse romande, qui représente un plan d’eau plus grand qu’une flaque et plus petit qu’une marre.


jeudi 30 mars 2017

Fleurs de cerisier...

Après un bain chaud
Puis révéré le Bouddha
Ah ! Les fleurs de cerisier

Issa 
(poète japonais de haïku, 1763-1827)
 
Photo T.J.
30 mars 2017

mardi 7 mars 2017

Fleurs d'abricotier...


Assoupi sur mon coussin [de zazen]
Je rêve d’elle
Une fleur d’abricotier dans ses cheveux
T.J.

7 mars 2017

dimanche 22 janvier 2017

La mare est gelée...





La mare est gelée
Les carpes avec
L'hiver est bien là


T.J.

lundi 19 décembre 2016

Exhortations « Rohatsu 2016 »



Exhortations « Rohatsu 2016 »

Comme les livres ne donnent pas la vérité sur la vie et la nature humaine, tous les soirs à 9h.40 très rigoureusement je monte en chaire, plus précisément je quitte mon coussin et descend de l’estrade pour mon « homélie nocturne ». Cinq minutes de belles paroles inapplicables et inappliquées. Après quoi je me rassieds. La messe est dite. Tout mon enseignement génial est prodigué en cinq minutes quotidiennes.

Samedi 19 novembre, 1er soir
« L’Esprit d’éveil » Bodaishin. Sans construire un Esprit d’éveil, il est très difficile de pratiquer rohatsu. Ceux qui, à cause de leurs occupations n’ont pas eu le temps de « construire » cet esprit d’Eveil, ça se construit maintenant ! Là ! Ici !
Je me souviens qu’à Shofuku-ji après les premières semaines où j’étais déboussolé, où je me demandais ce qui m’arrivait, j’étais presque en permanence dominé par cet « esprit d’Eveil ». 
Même après toutes ces années, j’approfondis encore mon zazen. Rinzaï répétait qu’il faut « s’épurer, se polir, jusqu’à ce qu’un beau jour on s’éveil ».

Dimanche 20 novembre, 2ème soir
On n’a pas d’autres choix, pendant rohatsu, du fait de sa grande rigueur, que celui de plonger à l’intérieur de soi-même afin de forger sa Véritable nature, donc de devenir soi-même et découvrir des capacités qu’on ignorait. Découvrir aussi pendant cette sesshin qu’on ne peut pas être le spectateur de soi, mais l’acteur, le créateur de soi-même, de sa Véritable nature. Alors, vous qui êtes candidats à l’Eveil, avec rohatsu vous êtes servi !

Lundi 21 novembre, 3ème soir
Comme je le répétais le premier soir, pendant rohatsu on ne devrait avoir qu’une espérance, qu’un désir : L’Eveil. Peut-être bien qu’on n’y arrivera pas mais on peut au moins viser l’échelon qui est juste au dessus de nous. Et atteindre un nouvel échelon c’est une grande victoire. C’est une sorte de nouveau sommet intermédiaire. C’est en affrontant, gravissant les hauteurs qu’on découvre et atteint le vide et qu’on élargit nos horizons étroits. N’est-ce pas ce dont on a tous envie ? Alors vous savez ce qui reste à faire…

Mardi 22 novembre, 4ème soir
De toutes ses forces on essaie de se concentrer sur ses respirations pendant zazen. Parfois on y arrive, parfois on n’y arrive pas. Les pensées sont plus fortes que la volonté. Et c’est peut-être même plus souvent qu’on n’y arrive pas. Mais il n’y a pas que le zazen assis. Se concentrer pendant kin-hin c’est encore Zazen. Et se concentrer pendant les repas, c’est encore Zazen. Pendant qu’on ne fait rien c’est encore Zazen. Et à la fin c’est l’accumulation de ces moments de Zazen qui permet cette ouverture sur le Soi. L’Eveil de la vigilance se fait aussi en arrivant dans le réfectoire. On se concentre sur l’action de déplier ses chaises, de les replier. Sur l’action de déballer ses bols, de les remballer. Sans faire de bruit, en se concentrant sur ce qu’on fait.

Mercredi 23 novembre, 5ème soir
J’observais il y a quelque temps un corbeau qui volait tout droit dans le ciel avant que le soir ne tombe, dans la pénombre. Je me suis posé la question : A-t-il un objectif en volant tout droit ou vole-t-il tout droit devant lui juste pour voler, pour rien ? Je n’ai pas la réponse. Mais tous les animaux ont une conscience qui diffère de l’un à l’autre. Et une intelligence qui varie de l’un à l’autre. C’est par rapport à notre intelligence qu’on juge l’intelligence d’un chien, d’un chat. Ou d’un être humain. Les animaux vivent leur vie telle qu’ils doivent la vivre avec la nature qui leur est propre. Pas les animaux domestiques évidemment. Vivre sa Vraie nature n’est-ce pas ce à quoi nous aspirons tous, nous, ici ? Vivre sa véritable nature signifie « voir dans sa Véritable nature » et ça contient réaliser sa Véritable nature. Et il n’y a que l’être humain qui n’est pas éveillé. Et il n’y a que l’être humain qui peut s’engager dans cette démarche.
Eh bien, on est en plein dedans ! Et de notre côté aussi on va tout droit !

Jeudi 24 novembre, 6ème soir
Demain il restera une dernière longue journée de pratique. Sitôt qu’on entend la cloche du réveil, essayez de sauter à pieds joints à l’intérieur de vous. La pratique du Zen, du zazen, n’est pas à la portée de tout le monde. Pratiquer rohatsu c’est comme s'attaquer aux Grandes Jorasses en plein hiver. Et il n’y a qu’une seule raison pour se lancer dans une telle entreprise : Défoncer nos entraves, défoncer nos barrières, défoncer nos limites !
J’ai presque toujours terminé rohatsu avec le sentiment d’avoir été au bout de moi-même. Vous aussi faite rohatsu en ayant le sentiment d’avoir été au bout de vous-même !

Vendredi 25 novembre, 7ème soir
Demain matin, on va retourner dans la réalité de la vie en quelque sorte.
On peut voir que rohatsu, la pratique du zazen en général, est à l’opposé de toute forme de quiétisme qui ressemblerait à une contemplation passive du Soi. Il existe en chacun d’entre nous un chemin qui mène à son Vrai soi. Lorsqu’on pratique Zazen on est actif en tournant ses regards vers l’intérieur de soi. L’ancrage de ce qu’on réalise pendant rohatsu se fait dans les jours qui suivent cette sesshin, à condition de continuer sa pratique quotidienne.
C’est une manie chez moi de répéter de faire zazen tous les jours.

Samedi 26 novembre, 8ème jour, 5 heures du matin
Il y a 2538 ans[1], à cette heure-là, le Bouddha était illuminé !

Taïkan Jyoji


[1] Les dates varient selon les traditions du bouddhisme en Asie

samedi 29 octobre 2016

Sesshin de Rohatsu : Rappel


Île d’Amorgos dans les Cyclades, le 4 octobre 2016 

Ce matin je suis parti à six heures de la Taverne pour assister au lever du soleil. Mais pas juste assister au lever du soleil, le faire en zazen. D’abord descendre un petit chemin escarpé et arriver dans une petite crique sur la petite plage d’Agia Anna formée de cailloux et pierres rondes. Je me dis que là où je suis le soleil devrait s’y lever. Je rassemble un tas de cailloux, y étend une serviette de bain, m’assieds, apprécie le confort, me dis que les fakirs méditent sur une planche à clous, je sens les cailloux malgré leurs rondeurs me rentrer dans les fesses et les chevilles. Qu’à cela ne tiennent je ne suis pas là pour y faire rohatsu et que vaut mon zazen si je ne suis pas capable d’endurer un peu d’inconfort le temps d’un lever de soleil ? Je m’enfonce dans mon zazen et très vite je ne sens plus les pierres sous moi. Au bout d’un moment, à travers mes paupières mi-closes et le clapotis des vagues, je perçois un peu de lueur, j’ai l’impression que l’aube est proche.
Après un temps que j’évalue à une demi-heure j’ouvre les yeux et voilà devant moi une boule ronde en train de sortir de l’horizon et la brume derrière laquelle elle se trouve permet de la regarder émerger. Je suis ému par tant de beauté. Après avoir joui de ce spectacle et remercié l’univers d’un profond gassho, je me suis déshabillé et ai nagé un long moment avant de me sécher et de rentrer à la taverne prendre le petit déjeuner.

Un matin tôt à Amorgos
Assis sur les cailloux de la plage 
Sur la mer le soleil s’y lève 
Fesses endolories 

Rohatsu : Pendant 7 jours le Zendo se transforme en une île où nous sommes réunis pour pratiquer. Pas de plage de galets, pas de murmures de la mer, pas de soleil émergeant de la brume. Il ne reste plus que forer en soi-même, zazen après zazen, faire monter la lumière intérieure du fond de son être et sur la crête du présent s’ouvrir à l’extraordinaire comme au commun. Au fond de chaque expiration le poumon vide aspire à être rempli aux fins d’accéder à sa Véritable nature.
Taïkan Jyoji 

vendredi 29 juillet 2016

Vent de folie planétaire


Lors d’un précédent post voici ce que je disais, en raccourci : « Il se passe partout dans le monde, aujourd’hui plus que jamais, de véritables horreurs de toutes sortes provoquées par le racisme, l’intolérance, le terrorisme, la tyrannie, le nationalisme, le gangstérisme, la barbarie, etc. Un vent de folie souffle sur l’esprit humain d’une manière planétaire. »

Depuis de nombreuses années et plus encore aujourd’hui, c’est la course à la violence dans les films, à la télé, dans les jeux vidéo. Je ne regarde pas la télé et pour ne pas tomber dans son piège, je planque télécommande, décodeur, fil d’antenne. Mais lorsque se déroule un événement sportif international comme les Jeux Olympiques ou la coupe d’Europe de foot, alors je ressors tout l’attirail. Lorsqu’une épreuve prend fin et en attendant la suivante que fais-je ? Je zappe. Et là tout un autre monde apparait. Je ne parlerai pas de la pub sur la bouffe - c’est un sujet qui me dépasse et je ne suis pas « équipé » pour l’aborder - mais quand je vois une annonce qui dit qu’absorber un certain produit permet de perdre deux kilogrammes la nuit, ça laisse mon stylo et la main qui le tient pantois. Zappant toujours un peu plus, je regarde pendant un moment un film interdit aux moins de 10 ans, puis un autre aux moins de 12 ans. Ces films sont tellement pleins de violence qu’un enfant de plus de 10 ans, ou de 12, qui a donc le droit de les visionner, et qui les regarde, ne peut pas ne pas subir à l’intérieur de lui-même ces violences. A cet âge il n’est pas charpenté pour ne pas que ça laisse de traces dommageables en lui ! Les films interdits aux moins de 12 ans sont extrêmement violents et je ne comprends pas comment même un adulte ne « souffre » pas devant de tels films. Les cerveaux des enfants non encore structurés reçoivent en pleine figure des images qui ne peuvent pas ne pas laisser d’empreintes néfastes ! Idem pour les jeux vidéo dans lesquels le gamin lui-même apprend à tuer, virtuellement d’accord (le virtuel peut être assimilé à la réalité), mais à tuer quand même. Il perd contact avec la réalité et en même temps perd contact avec lui-même.
Tous ces films et vidéos contenant de la violence font les beaux jours et les beaux comptes en banque des réalisateurs et des producteurs. Ils ont leur part de responsabilité dans la violence qui se produit au quotidien !

Et là je voudrais pousser un « coup de gueule », qui s’éclaboussera contre les murs de mon bureau car cela demande des « pistons » que je n’ai pas, auprès des fabricants de films, des fabricants de programmes de Gameboy, des hommes politiques, d’arrêter la violence déployée sur les écrans.
Comme je n’ai pas de fortune personnelle ni non plus de position sociale élevée, je ne peux que m’en remettre à ma plume pour manifester la gravité de la conjoncture.

Taïkan Jyoji
© Taïkan Jyoji 2011