lundi 30 novembre 2015

Exhortation prodiguée le dernier soir de la sesshin de Rohatsu 2015



On dit du Bouddhisme que c’est la religion de la tolérance. Mais par rapport aux événements qui se sont produits un certain « vendredi 13 », personnellement je ne sais comment interpréter cette « tolérance » : comment tolérer l’intolérable ?
Deux jours avant Rohatsu j’ai demandé à une amie, élève, qui habite Paris, Céline, de déposer en mon nom et au nom de la Falaise Verte une bougie à la place de la République.
La tolérance c’est facile pour des petites choses mais si on me questionne à ce sujet concernant la position du Bouddhisme par rapport à ces derniers événements, je n’ai pas de réponse. Je ne sais que faire, que dire. Je reste abasourdi.

Le lendemain du 13 novembre j’ai écrit ce poème :

Seul, ce soir, éloigné de tout,
Sur le rebord de mes fenêtres
Des bougies brûlent,
De l’encens se consume,
Mes larmes coulent.
Ça ne sert à rien.
Mais quand même…

Il y a une chose qu’on peut quand même faire : c’est faire grandir son cœur et faire grandir son esprit. Dans la langue sino-japonaise « cœur » et « esprit » c’est le même caractère. Faire grandir son cœur et son esprit, ça on peut le faire.

Ne laissez jamais tarir votre soif de réalisation.

Taïkan Jyoji

 

vendredi 8 mai 2015

Exhortation Rohatsu 2014, 3ème soir


Lundi 3ème soir
« Je ne sais pas depuis quand la pratique de rohatsu est instaurée ? Je n’ai jamais entendu parler qu’en Chine cette pratique existait. Il se pourrait bien que chaque sesshin était un rohatsu. Toujours est-il qu’au Japon il a lieu dans la plupart des monastères du 1er au 8 décembre.
Pourquoi toute cette rigueur, cette austérité ? Peut-être, sûrement, parce qu’il y en a qui sont pressés d’aller à l’essentiel. Pour déstabiliser tout ce à quoi on croit et remettre en question ses propres certitudes. Si on a mis en place un petit zazen pépère quotidien, on n’ira pas bouleverser grand-chose en soi. Là, avec rohatsu, ça nous oblige à faire sauter une à une les amarres fragiles auxquelles on s’accroche. Ça, c’est rohatsu : Pratiquer intensivement et rompre les amarres. Et ça sert à se projeter directement dans le Vide. » 

Commentaires de l’exhortation du lundi, 3ème  soir : 
Le 8 décembre est l’anniversaire de l’Illumination du Bouddha. Il y a un peu plus de 2500 ans, cet individu génial enseignait comment aller au-delà de la pensée, comment aller au plus profond de soi. Au même moment en Grèce, les philosophes, avec peut-être Héraclite en tête, mais surtout Socrate, nous enseignaient à structurer la pensée, à développer « la raison ». Etonnant, non ? L’Asie : Dépasser la pensée. L’Occident : Mise en jeu de la raison. C’est peut-être un peu simpliste ce que j’énonce, mais comme je suis, tout le monde le sait, quelqu’un de simple je ne peux qu’avancer des choses simples. C’est donc tout naturellement vers le Bouddhisme-Zen que je me suis dirigé et qui m’a tout apporté : Le Vide. C’est quelque chose, non ? La pratique du Zen m’a permis de sortir d’un insignifiant quotidien. C’est en le pratiquant que j’ai creusé ma profondeur.

Il se peut que vous n’en soyez pas conscient mais il y a une différence importante entre une séance de zazen bien tranquille chez soi dans son petit coin sur son petit coussin bien rembourré, important certes, et une séance de zazen effectuée en groupe. Avec le groupe l’énergie des autres ajoutée à la sienne change la qualité de son zazen. Ça ne veut pas dire qu’on pensera moins. Les pensées encombrantes, inutiles, travaillent jour et nuit, elles sont incoercibles. Ça veut dire que son zazen sera de « meilleure qualité ». Depuis le début de l’année des Zendo se sont créés dans trois grandes villes en France : Paris, Lyon, Marseille. Je pense qu’il est important de « nourrir » par sa présence les séances de zazen organisées. Elles sont importantes pour sa propre évolution dans la réalisation de soi et en même temps elles aident les autres à y parvenir. Il y a de la compassion là-dedans.

Taïkan Jyoji
© Taïkan Jyoji 2011