mardi 13 janvier 2015

Un dimanche pas comme les autres



L’information m’était parvenue le 9 janvier au soir :
Un hommage à la mémoire des événements tragiques qui se sont produits les 7 et 9 janvier aura lieu dimanche 11 à 11 heures sur la grande place devant la salle des fêtes de la Voulte, près de St Laurent du Pape.
Je me suis dit que je ne peux pas ne pas ne pas me rendre sur les lieux pour témoigner de ma solidarité. J’arrive 5 minutes en avance et trouve facilement à me garer, à 200 mètres du lieu de rencontre.
Me voici sur les lieux à 11 heures sonnantes et là, que vois-je ? Personne ! La place est déserte.
Alors je réalise que je dois me tromper d’endroit. Ou de date. Ou d’heure.
Alors tant pis, je défile immobile, tout seul au milieu de la place, sans bouger, les yeux clos, et je me dis que je suis Charlie et aussi que je suis juif, musulman, chrétien, bouddhiste, et je continue debout, les yeux fermés, seul sur cette grande place,
et je me dis qu’être tout ça je ne sais pas vraiment ce que ça veut dire, que face à mon inconsistance, mon action depuis que j’enseigne le Zen est-elle vouée à l’insignifiance ?
Je reste encore un moment immobile, me demandant comment rester l’esprit tranquille face à de si affreux et graves événements ?
Alors tout naturellement, toujours seul sur cette place un dimanche matin 11 janvier, je me suis mis à fredonner le Sutra-cœur (hannya shingyo),
et seul sur cette place un dimanche matin,
j’ai pleuré.

Taïkan Jyoji

vendredi 26 décembre 2014

Exhortation Rohatsu 2014, 1er soir



Samedi 1er soir :
Imaginons que le Zendo est un attelage. Et qu’avec ce premier zazen tout le monde est monté dans cet attelage et a pris sa place. Et quavec ce 2ème zazen la caravane démarre et ne s’arrêtera que dans une semaine. On va s’efforcer pendant cette semaine d’atteindre « l’autre rive ».
Taishin-sensei et moi-même on va tenir les rênes. A ce propos Taishin a tout pouvoir pour remettre les pendules à l’heure lorsque c’est nécessaire. Mais l’énergie qui va faire avancer l’attelage va venir de nous tous. Alors je vous encourage avec vos petits poumons à avancer à fond dans la réalisation de votre Véritable nature.


Commentaires de l’exhortation du samedi 1er soir

Chacun sait-il pourquoi il ou elle est là ? Définir clairement la raison pour laquelle on est assez fou pour faire Rohatsu n’est pas facile. On sent bien qu’il faut faire quelque chose pour changer quelque chose. Mais ce « quelque chose » n’est pas clairement définissable. Quoi qu’il en soit la pratique intensive du zazen telle qu’elle est mise en place ici, en se calquant sur la pratique du Rohatsu au monastère de Shofuku-ji, nous amène à devenir ce que nous voudrions être. Et qu’est-ce qu’on voudrait être ? Plus beau, plus riche, plus ceci ? Là, la liste est longue. Ou moins con, moins envieux, moins cela ? Là, la liste est longue aussi.
Pour moi, ce à quoi l’être humain aspire avant tout, en le ressentant intuitivement, c’est d’atteindre l’état d’homme ou femme authentique, libre et libéré. Libre et libéré de son schéma de pensées, de la valse infernale des pensées, qui viennent et reviennent de manière incessante, et qui sont la source de toutes nos angoisses, de nos peurs, de nos attachements, de notre petite vie. Et tout ce manège, à force, s’est figé, s‘est grippé, s’est sclérosé. C’est ce qui forme l’ego coriace. Et le « moi » de l’homme est dur comme de la pierre. Alors, en s’y mettant tous, tous ensemble on peut creuser dedans. Le groupe qu’on forme pendant une sesshin permet de ne pas nous effondrer comme des sacs de pommes de terre.
A la fin, être libre, c’est exécuter les actions de la vie sans changer quoi que ce soit, mais sans ressentir le poids des carcans sociaux. Ce qui est énorme.

Taïkan Jyoji

jeudi 13 novembre 2014

Méditer demande peu d’espace


Une couverture pliée, un m² de surface, et voilà, ça suffit pour faire zazen. Ne peut-on pas trouver ces deux éléments où que l’on se trouve ? Je ne me souviens pas au cours de mes multiples déplacements ne pas avoir pu faire zazen par manque de place. C’est la particularité du zazen. Beaucoup de gens disent ne pas avoir le temps de méditer vingt minutes ou une demi-heure.
Ne pouvons-nous pas trouver dans ce cas cinq minutes pour installer un coussin et s’asseoir dessus ? Faire un « zazen-de-cinq-minutes » quotidiennement ne me paraît pas un exercice inaccessible. Qu’on ne me dise pas ne pas avoir le temps de pratiquer zazen pendant cinq minutes. Ce zazen-de-cinq-minutes peut changer votre vie. Même une chaise peut servir de siège pour méditer. Ne me racontez pas qu’il n’y a pas dans une journée une occasion de s’asseoir avec l’intention de faire un « zazen-de-cinq-minutes » même sur une chaise.
Je vais vous donner encore une chance de faire un zazen, très efficace, de moins de cinq minutes, le « zazen-de-trois-respirations » : En inspirant par le nez profondément, jusqu’à sentir que vos poumons sont parfaitement remplis, restez trois secondes les poumons pleins, puis vous expirez par la bouche, puissamment, en vous basculant en avant jusqu’à ce que le front touche si possible le sol devant vous. Vous vous redressez en inspirant à fond par le nez, et vous recommencez encore deux fois. En ajoutant cette première respiration, ça fait bien trois respirations.
Et si même-là vous n’arrivez pas à pratiquer le zazen-de-trois-respirations, avec ma compassion illimitée et ma bonté de grand-mère je vous donne une dernière chance de faire le zazen quotidien le plus court du monde : Le « zazen-d’une-respiration ». C’est le zazen-de-trois-respirations que l’on ne fait qu’une fois. Pas plus compliqué. 
Evidemment tout le monde s’en fout !

Taïkan Jyoji

lundi 21 avril 2014

La pratique avant tout

Je voudrais présenter le 1er paragraphe d’un livre publié en 1973 par « The Institute for Zen Studies » à Kyoto, créé par le Maître Yamada Mumon :

Dialogue entre Maître Nyuri et son disciple Enmonn[1]

1.         La  Voie est profonde et vide, sublime et éternelle, au delà de toute  compréhension, au delà de toute formulation verbale. Ici sont provisoirement mis en scène deux personnages qui tous les deux s'entretiennent de la véritable nature de la  réalité : un maître nommé Nyuri et un disciple appelé Enmonn.  Présentement,  Maître Nyuri est calme et silencieux. Soudain Enmonn bondit sur ses pieds et demande à Maître Nyuri :
-       Qu’appelle-t-on  "esprit" ? Comment le "pacifier" ?
Le Maître répond :
            - Vous n'avez nul besoin de  supposer l'existence d'un esprit, ni  de  particulièrement vous efforcer de le pacifier. On peut dire que c'est cela « pacifier l'esprit ».
2.         Question : -  Si il n'y a pas d'esprit comment pouvons-nous  étudier la Voie
            Réponse : - La Voie n'est pas une chose  à laquelle l'esprit puisse penser, comment concernerait-elle l'esprit?
 3.       Question : - Si l’esprit ne peut y penser, comment pourrons nous jamais y accéder ?
            Réponse : - Avoir des pensées, c‘est avoir un esprit. Avoir un esprit contredit la Voie. Ne pas avoir de pensée  c'est ne pas avoir d'esprit. Ne pas penser est la vraie Voie.
4.         Question : - Tous les êtres vivants ont-ils un esprit ou non ?
            Réponse : - Croire que tous les êtres vivants ont un esprit, c'est une perversion.
C’est seulement parce qu'on édifie un « esprit » dans le « non esprit » que des pensées illusoires prennent  place.
5.         Question : - Quels sont les attributs du « non esprit » ?
            Réponse : - Le « non esprit » c'est le sur le champ le  « non objet ». Le « non objet » c'est la nature  elle-même. La nature elle-même  est la Voie.
6.         Question : - Comment les pensées illusoires des êtres vivants peuvent-elles être détruites ? 
            Réponse : - Tant que l’on considère les pensées illusoires et que l’on envisage de les détruire, on ne s’en débarrassera jamais.
7.         Question : - Sans leur destruction ou élimination, comment  est-il possible de se mettre en  accord avec la Voie ?
            Réponse : - Aussi longtemps que l’on parle de se mettre en accord ou pas en accord avec la Voie on ne peut pas davantage se libérer des pensées illusoires. 
8.         Question : - Alors, que dois-je faire ?
            Réponse : - Ne rien faire. Voilà tout !

Lorsqu’à la fin le Maître Nyuri dit : - Ne rien faire. Voilà tout ! Il ne dit pas qu’il faut se tourner les pouces. Il explique tranquillement à son disciple tenaillé que : « aussi longtemps que l’on parle de se mettre en accord ou pas en accord avec la Voie on ne peut pas davantage se libérer des pensées illusoires ». Les questions que posent les élèves du Zen sont toujours des tentatives pour arriver à l’éveil avec sa tête. En ce qui me concerne, la théorie du Zen ne m’a jamais été utile dans ma quête. « La pratique avant tout » a toujours été et sera toujours ma seule théorie. De plus, même si j’enseignais la théorie du Zen tout le monde n’écouterait pas, perdu qu’il est dans ses pensées fusantes. Et en admettant qu’on m’écoute, beaucoup ne me comprendraient pas, ou comprendraient ce qui les arrangent, ou distordraient mes propos. Mon enseignement à moi c’est de m’asseoir avec mes élèves et qu’ensemble on approfondisse son zazen, on l’élargisse et qu’on rentre dans les abîmes de soi-même. Les mots ne vont pas vous faire faire l'expérience de vous-mêmes. Ne vous leurrez pas !



[1] Ce paragraphe est le premier de la traduction anglaise « Dialogue on the contemplation-extinguished » publié par The Institute for Zen Studies en 1973 et traduit pas Gishin Tokiwa. Je remercie Daniel L. et André M. d’avoir traduit ce paragraphe en français.

lundi 23 décembre 2013

"KYUDO : Tir à l'arc ZEN"

Mon dernier bébé est enfin né. Sa gestation aura quand même duré une dizaine d'année. Même les baleines ne mettent pas autant de temps. Il existe très peu de livres pratiques sur cette Voie disons encore confidentielles en France. Ceux qui crient haut et fort : "Le Zen ce n'est pas pour moi !" peuvent peut-être trouver dans le Kyudo un moyen d'envoyer concrètement des flèches.

T.Jyoji


dimanche 27 octobre 2013

Invitation à ROHATSU !

500 ans avant JC, c’est la « grande période Axiale » de l’humanité : les philosophes grecs, Lao Tseu, la bible, le Bouddha ! Dans un même mouvement, l’humanité  tourne son regard vers d’autres formes de spiritualité et de réalisation intérieure.

A partir de là, qu’est-ce qu'il leur reste à faire, à tous les cuistots de la spiritualité qui vous servent réchauffées sur un plateau les paroles tombées de la bouche des anciens dont ils ont récupéré les miettes ? A coups de sermons, de prêches et d’enseignements, ils endorment leurs auditeurs dans les vapeurs de leur cuisine spirituelle à base de surgelés !

Et moi je fais quoi ? Et bien je donne l’exemple. En un mot je pratique. Pas un jour sans zazen. Pas une sesshin sans participer à toutes les assises. Suis-je sur les traces du bouddha ? Qu’importe. Je me contente d’avancer humblement sur les traces de mon être authentique. Et pour cela un seul chemin : faire zazen. Et pour approfondir le zazen, une seule voie: faire une sesshin. Et pour connaitre l’intensité d’une vraie sesshin, un seul moment : Rohatsu !

Finalement, la prochaine révolution Axiale, elle est juste devant nous, sous notre nez : c’est Rohatsu qui s’approche et qui nous permettra tous ensemble de tourner avec force nos regards à l’intérieur de nous même.

Taïkan Jyoji

samedi 3 août 2013

Exhortations de la sesshin d’été 2013



La raison pour laquelle on pratique le zen c’est pour avoir une expérience profonde de soi-même. Mais pour arriver à la réalisation, à l’éveil, peu importe le nom qu’on lui donne, si on court après cette réalisation, on crée un fossé qui empêche d’y arriver.
Quand on se concentre sur ses respirations il ne doit y avoir aucune autre intention sinon celle d’être concentré sur ses respirations. C’est le seul moyen de s’approcher de son être authentique.
Et c’est pour ça qu’on fait des sesshins. On fait zazen ensemble, on souffre ensemble, certains bougent ensemble, on vit ensemble.
En dehors des entretiens individuels, n’attendez pas de moi que je « donne des enseignements ». On trouve partout des gens qui « donnent des enseignements », qui bourrent le crâne d’enseignements. Et le bourrage de crâne procède au contraire du zazen puisqu’on se dirige vers le vide, la non-pensée. Zazen c’est vider son crâne de son contenu inutile, de ce qui ne sert à rien.
Je ne vois pas à quoi ça sert de suivre des enseignements si après il faut s’en débarrasser. On n’a pas à remplir sa tête d’enseignements pour ensuite la vider. C’est un peu idiot. Il y a plein d’aveugles qui donnent des enseignements aux borgnes. On ne va pas loin avec ça.

Le meilleur "enseignement" vous le tirez vous-mêmes, par vous-mêmes, de votre zazen.

Se concentrer, s’impliquer dans son va et vient du souffle c’est le seul processus à suivre. En se concentrant sur ses respirations on se concentre sur son principe de vie même.

T. Jyoji
© Taïkan Jyoji 2011