jeudi 13 novembre 2014

Méditer demande peu d’espace


Une couverture pliée, un m² de surface, et voilà, ça suffit pour faire zazen. Ne peut-on pas trouver ces deux éléments où que l’on se trouve ? Je ne me souviens pas au cours de mes multiples déplacements ne pas avoir pu faire zazen par manque de place. C’est la particularité du zazen. Beaucoup de gens disent ne pas avoir le temps de méditer vingt minutes ou une demi-heure.
Ne pouvons-nous pas trouver dans ce cas cinq minutes pour installer un coussin et s’asseoir dessus ? Faire un « zazen-de-cinq-minutes » quotidiennement ne me paraît pas un exercice inaccessible. Qu’on ne me dise pas ne pas avoir le temps de pratiquer zazen pendant cinq minutes. Ce zazen-de-cinq-minutes peut changer votre vie. Même une chaise peut servir de siège pour méditer. Ne me racontez pas qu’il n’y a pas dans une journée une occasion de s’asseoir avec l’intention de faire un « zazen-de-cinq-minutes » même sur une chaise.
Je vais vous donner encore une chance de faire un zazen, très efficace, de moins de cinq minutes, le « zazen-de-trois-respirations » : En inspirant par le nez profondément, jusqu’à sentir que vos poumons sont parfaitement remplis, restez trois secondes les poumons pleins, puis vous expirez par la bouche, puissamment, en vous basculant en avant jusqu’à ce que le front touche si possible le sol devant vous. Vous vous redressez en inspirant à fond par le nez, et vous recommencez encore deux fois. En ajoutant cette première respiration, ça fait bien trois respirations.
Et si même-là vous n’arrivez pas à pratiquer le zazen-de-trois-respirations, avec ma compassion illimitée et ma bonté de grand-mère je vous donne une dernière chance de faire le zazen quotidien le plus court du monde : Le « zazen-d’une-respiration ». C’est le zazen-de-trois-respirations que l’on ne fait qu’une fois. Pas plus compliqué. 
Evidemment tout le monde s’en fout !

Taïkan Jyoji

lundi 21 avril 2014

La pratique avant tout

Je voudrais présenter le 1er paragraphe d’un livre publié en 1973 par « The Institute for Zen Studies » à Kyoto, créé par le Maître Yamada Mumon :

Dialogue entre Maître Nyuri et son disciple Enmonn[1]

1.         La  Voie est profonde et vide, sublime et éternelle, au delà de toute  compréhension, au delà de toute formulation verbale. Ici sont provisoirement mis en scène deux personnages qui tous les deux s'entretiennent de la véritable nature de la  réalité : un maître nommé Nyuri et un disciple appelé Enmonn.  Présentement,  Maître Nyuri est calme et silencieux. Soudain Enmonn bondit sur ses pieds et demande à Maître Nyuri :
-       Qu’appelle-t-on  "esprit" ? Comment le "pacifier" ?
Le Maître répond :
            - Vous n'avez nul besoin de  supposer l'existence d'un esprit, ni  de  particulièrement vous efforcer de le pacifier. On peut dire que c'est cela « pacifier l'esprit ».
2.         Question : -  Si il n'y a pas d'esprit comment pouvons-nous  étudier la Voie
            Réponse : - La Voie n'est pas une chose  à laquelle l'esprit puisse penser, comment concernerait-elle l'esprit?
 3.       Question : - Si l’esprit ne peut y penser, comment pourrons nous jamais y accéder ?
            Réponse : - Avoir des pensées, c‘est avoir un esprit. Avoir un esprit contredit la Voie. Ne pas avoir de pensée  c'est ne pas avoir d'esprit. Ne pas penser est la vraie Voie.
4.         Question : - Tous les êtres vivants ont-ils un esprit ou non ?
            Réponse : - Croire que tous les êtres vivants ont un esprit, c'est une perversion.
C’est seulement parce qu'on édifie un « esprit » dans le « non esprit » que des pensées illusoires prennent  place.
5.         Question : - Quels sont les attributs du « non esprit » ?
            Réponse : - Le « non esprit » c'est le sur le champ le  « non objet ». Le « non objet » c'est la nature  elle-même. La nature elle-même  est la Voie.
6.         Question : - Comment les pensées illusoires des êtres vivants peuvent-elles être détruites ? 
            Réponse : - Tant que l’on considère les pensées illusoires et que l’on envisage de les détruire, on ne s’en débarrassera jamais.
7.         Question : - Sans leur destruction ou élimination, comment  est-il possible de se mettre en  accord avec la Voie ?
            Réponse : - Aussi longtemps que l’on parle de se mettre en accord ou pas en accord avec la Voie on ne peut pas davantage se libérer des pensées illusoires. 
8.         Question : - Alors, que dois-je faire ?
            Réponse : - Ne rien faire. Voilà tout !

Lorsqu’à la fin le Maître Nyuri dit : - Ne rien faire. Voilà tout ! Il ne dit pas qu’il faut se tourner les pouces. Il explique tranquillement à son disciple tenaillé que : « aussi longtemps que l’on parle de se mettre en accord ou pas en accord avec la Voie on ne peut pas davantage se libérer des pensées illusoires ». Les questions que posent les élèves du Zen sont toujours des tentatives pour arriver à l’éveil avec sa tête. En ce qui me concerne, la théorie du Zen ne m’a jamais été utile dans ma quête. « La pratique avant tout » a toujours été et sera toujours ma seule théorie. De plus, même si j’enseignais la théorie du Zen tout le monde n’écouterait pas, perdu qu’il est dans ses pensées fusantes. Et en admettant qu’on m’écoute, beaucoup ne me comprendraient pas, ou comprendraient ce qui les arrangent, ou distordraient mes propos. Mon enseignement à moi c’est de m’asseoir avec mes élèves et qu’ensemble on approfondisse son zazen, on l’élargisse et qu’on rentre dans les abîmes de soi-même. Les mots ne vont pas vous faire faire l'expérience de vous-mêmes. Ne vous leurrez pas !



[1] Ce paragraphe est le premier de la traduction anglaise « Dialogue on the contemplation-extinguished » publié par The Institute for Zen Studies en 1973 et traduit pas Gishin Tokiwa. Je remercie Daniel L. et André M. d’avoir traduit ce paragraphe en français.

lundi 23 décembre 2013

"KYUDO : Tir à l'arc ZEN"

Mon dernier bébé est enfin né. Sa gestation aura quand même duré une dizaine d'année. Même les baleines ne mettent pas autant de temps. Il existe très peu de livres pratiques sur cette Voie disons encore confidentielles en France. Ceux qui crient haut et fort : "Le Zen ce n'est pas pour moi !" peuvent peut-être trouver dans le Kyudo un moyen d'envoyer concrètement des flèches.

T.Jyoji


dimanche 27 octobre 2013

Invitation à ROHATSU !

500 ans avant JC, c’est la « grande période Axiale » de l’humanité : les philosophes grecs, Lao Tseu, la bible, le Bouddha ! Dans un même mouvement, l’humanité  tourne son regard vers d’autres formes de spiritualité et de réalisation intérieure.

A partir de là, qu’est-ce qu'il leur reste à faire, à tous les cuistots de la spiritualité qui vous servent réchauffées sur un plateau les paroles tombées de la bouche des anciens dont ils ont récupéré les miettes ? A coups de sermons, de prêches et d’enseignements, ils endorment leurs auditeurs dans les vapeurs de leur cuisine spirituelle à base de surgelés !

Et moi je fais quoi ? Et bien je donne l’exemple. En un mot je pratique. Pas un jour sans zazen. Pas une sesshin sans participer à toutes les assises. Suis-je sur les traces du bouddha ? Qu’importe. Je me contente d’avancer humblement sur les traces de mon être authentique. Et pour cela un seul chemin : faire zazen. Et pour approfondir le zazen, une seule voie: faire une sesshin. Et pour connaitre l’intensité d’une vraie sesshin, un seul moment : Rohatsu !

Finalement, la prochaine révolution Axiale, elle est juste devant nous, sous notre nez : c’est Rohatsu qui s’approche et qui nous permettra tous ensemble de tourner avec force nos regards à l’intérieur de nous même.

Taïkan Jyoji

samedi 3 août 2013

Exhortations de la sesshin d’été 2013



La raison pour laquelle on pratique le zen c’est pour avoir une expérience profonde de soi-même. Mais pour arriver à la réalisation, à l’éveil, peu importe le nom qu’on lui donne, si on court après cette réalisation, on crée un fossé qui empêche d’y arriver.
Quand on se concentre sur ses respirations il ne doit y avoir aucune autre intention sinon celle d’être concentré sur ses respirations. C’est le seul moyen de s’approcher de son être authentique.
Et c’est pour ça qu’on fait des sesshins. On fait zazen ensemble, on souffre ensemble, certains bougent ensemble, on vit ensemble.
En dehors des entretiens individuels, n’attendez pas de moi que je « donne des enseignements ». On trouve partout des gens qui « donnent des enseignements », qui bourrent le crâne d’enseignements. Et le bourrage de crâne procède au contraire du zazen puisqu’on se dirige vers le vide, la non-pensée. Zazen c’est vider son crâne de son contenu inutile, de ce qui ne sert à rien.
Je ne vois pas à quoi ça sert de suivre des enseignements si après il faut s’en débarrasser. On n’a pas à remplir sa tête d’enseignements pour ensuite la vider. C’est un peu idiot. Il y a plein d’aveugles qui donnent des enseignements aux borgnes. On ne va pas loin avec ça.

Le meilleur "enseignement" vous le tirez vous-mêmes, par vous-mêmes, de votre zazen.

Se concentrer, s’impliquer dans son va et vient du souffle c’est le seul processus à suivre. En se concentrant sur ses respirations on se concentre sur son principe de vie même.

T. Jyoji

samedi 23 février 2013

Exhortation de fin de sesshin.


On l’oublie, mais le Zen est issu du Zazen, et non le contraire. Ce n’est pas du Zen qu’est né le zazen mais du zazen qu’est né le Zen. D’abord on fait zazen et de ce zazen le Zen se crée. Sans zazen il n’y a pas de Zen. Les maîtres du Zen ont d’abord commencé par s’asseoir. Et bien c’est ce qu’on fait ici à fond à la Falaise Verte.

En Occident on veut savoir d’abord. On veut savoir avec sa tête ce qu’est l’Eveil. Mais la connaissance intellectuelle ne sert à rien dans le processus de réalisation. Notre crâne est déjà plein à déborder de savoir de toutes sortes de choses. On en sait assez sur tout. Tel que vous êtes, avec l’intelligence que vous avez, la petite intelligence qu’on a, ça suffit pour arriver à l’Eveil. Inutile d’en rajouter, ça va déborder.

Le Zen c’est : Zazen, Kinhin, Samou. (Le samou, travail manuel, joue un rôle important dans le processus de réalisation.) Si vous êtes dans l’attente de sermons, de prêches, de conférences, alors ce n’est pas ici qu’il faut venir. Ici, on s’assied d’abord, on comprend après. Pas de théorie. Pas de beaux discours.

Bodhidharma a défini les bases du Zen en 4 lignes. 9 ans assis en zazen devant un mur pour sortir 4 lignes, soit l’essence du Zen. On n’a jamais fait mieux :

    Ne dépendre ni des mots ni des écritures Une transmission indépendante en dehors des doctrines écrites
    Montrer directement à chaque homme son esprit originel
    Voir dans sa vraie nature et instantanément réaliser sa Nature-de-Bouddha

Donc : « Réaliser sa Véritable Nature » (ou Nature-de-Bouddha). Et depuis c’est comme ça qu’on procède : S’assoir pour réaliser sa véritable nature. Et c’est ce qu’on fait ici. On pratique encore et encore. Rappelez-vous : C’est le zazen qui a fait le Zen, votre Zen.

 T.J.

mercredi 30 janvier 2013

Vœux pour la nouvelle année 2013




En cette nouvelle année, ne soyons pas présomptueux en vous souhaitant une improbable illumination... mais d'accéder à l'échelon situé juste au-dessus de celui sur lequel vous vous trouvez. Ça c'est possible !

Au cours du week-end du nouvel-an qui s'est déroulé à la Falaise Verte, après le "Zazen de minuit" chacun a récité un haïku. Le mien se présentait ainsi :

  Mes dernières pensées
Tombent les unes après les autres
Cette ultime soirée de l'année
T. J.

A vous aussi je vous souhaite de laisser tomber vos pensées inutiles les unes après les autres, et qu'elles s'entassent comme des feuilles mortes autour de votre coussin de méditation !

© Taïkan Jyoji 2011