samedi 29 octobre 2016

Sesshin de Rohatsu : Rappel


Île d’Amorgos dans les Cyclades, le 4 octobre 2016 

Ce matin je suis parti à six heures de la Taverne pour assister au lever du soleil. Mais pas juste assister au lever du soleil, le faire en zazen. D’abord descendre un petit chemin escarpé et arriver dans une petite crique sur la petite plage d’Agia Anna formée de cailloux et pierres rondes. Je me dis que là où je suis le soleil devrait s’y lever. Je rassemble un tas de cailloux, y étend une serviette de bain, m’assieds, apprécie le confort, me dis que les fakirs méditent sur une planche à clous, je sens les cailloux malgré leurs rondeurs me rentrer dans les fesses et les chevilles. Qu’à cela ne tiennent je ne suis pas là pour y faire rohatsu et que vaut mon zazen si je ne suis pas capable d’endurer un peu d’inconfort le temps d’un lever de soleil ? Je m’enfonce dans mon zazen et très vite je ne sens plus les pierres sous moi. Au bout d’un moment, à travers mes paupières mi-closes et le clapotis des vagues, je perçois un peu de lueur, j’ai l’impression que l’aube est proche.
Après un temps que j’évalue à une demi-heure j’ouvre les yeux et voilà devant moi une boule ronde en train de sortir de l’horizon et la brume derrière laquelle elle se trouve permet de la regarder émerger. Je suis ému par tant de beauté. Après avoir joui de ce spectacle et remercié l’univers d’un profond gassho, je me suis déshabillé et ai nagé un long moment avant de me sécher et de rentrer à la taverne prendre le petit déjeuner.

Un matin tôt à Amorgos
Assis sur les cailloux de la plage 
Sur la mer le soleil s’y lève 
Fesses endolories 

Rohatsu : Pendant 7 jours le Zendo se transforme en une île où nous sommes réunis pour pratiquer. Pas de plage de galets, pas de murmures de la mer, pas de soleil émergeant de la brume. Il ne reste plus que forer en soi-même, zazen après zazen, faire monter la lumière intérieure du fond de son être et sur la crête du présent s’ouvrir à l’extraordinaire comme au commun. Au fond de chaque expiration le poumon vide aspire à être rempli aux fins d’accéder à sa Véritable nature.
Taïkan Jyoji 

vendredi 29 juillet 2016

Vent de folie planétaire


Lors d’un précédent post voici ce que je disais, en raccourci : « Il se passe partout dans le monde, aujourd’hui plus que jamais, de véritables horreurs de toutes sortes provoquées par le racisme, l’intolérance, le terrorisme, la tyrannie, le nationalisme, le gangstérisme, la barbarie, etc. Un vent de folie souffle sur l’esprit humain d’une manière planétaire. »

Depuis de nombreuses années et plus encore aujourd’hui, c’est la course à la violence dans les films, à la télé, dans les jeux vidéo. Je ne regarde pas la télé et pour ne pas tomber dans son piège, je planque télécommande, décodeur, fil d’antenne. Mais lorsque se déroule un événement sportif international comme les Jeux Olympiques ou la coupe d’Europe de foot, alors je ressors tout l’attirail. Lorsqu’une épreuve prend fin et en attendant la suivante que fais-je ? Je zappe. Et là tout un autre monde apparait. Je ne parlerai pas de la pub sur la bouffe - c’est un sujet qui me dépasse et je ne suis pas « équipé » pour l’aborder - mais quand je vois une annonce qui dit qu’absorber un certain produit permet de perdre deux kilogrammes la nuit, ça laisse mon stylo et la main qui le tient pantois. Zappant toujours un peu plus, je regarde pendant un moment un film interdit aux moins de 10 ans, puis un autre aux moins de 12 ans. Ces films sont tellement pleins de violence qu’un enfant de plus de 10 ans, ou de 12, qui a donc le droit de les visionner, et qui les regarde, ne peut pas ne pas subir à l’intérieur de lui-même ces violences. A cet âge il n’est pas charpenté pour ne pas que ça laisse de traces dommageables en lui ! Les films interdits aux moins de 12 ans sont extrêmement violents et je ne comprends pas comment même un adulte ne « souffre » pas devant de tels films. Les cerveaux des enfants non encore structurés reçoivent en pleine figure des images qui ne peuvent pas ne pas laisser d’empreintes néfastes ! Idem pour les jeux vidéo dans lesquels le gamin lui-même apprend à tuer, virtuellement d’accord (le virtuel peut être assimilé à la réalité), mais à tuer quand même. Il perd contact avec la réalité et en même temps perd contact avec lui-même.
Tous ces films et vidéos contenant de la violence font les beaux jours et les beaux comptes en banque des réalisateurs et des producteurs. Ils ont leur part de responsabilité dans la violence qui se produit au quotidien !

Et là je voudrais pousser un « coup de gueule », qui s’éclaboussera contre les murs de mon bureau car cela demande des « pistons » que je n’ai pas, auprès des fabricants de films, des fabricants de programmes de Gameboy, des hommes politiques, d’arrêter la violence déployée sur les écrans.
Comme je n’ai pas de fortune personnelle ni non plus de position sociale élevée, je ne peux que m’en remettre à ma plume pour manifester la gravité de la conjoncture.

Taïkan Jyoji

mardi 26 avril 2016

Exhortation Rohatsu 2014, 7ème soir

Vendredi 7ème soir

La sesshin de Rohatsu ne se passe pas sans laisser de traces ! Un poète de haïku, Hosaï, écrivait quelque chose comme : « Je me lave l’esprit - en écossant mes petits pois. » On considère dans le Zen que les activités les plus banales, terre à terre, se laver, conduire une voiture, éplucher des légumes, peuvent devenir des tremplins pour la pratique du zazen lorsqu’on les pratique dans l’esprit du zazen. C’est ce qu’on entend par : « il existe 84 000 Voies qui mènent à la réalisation ». Alors, de retour chez vous, avec les marques du coussin aux fesses allez-y à fond dans la pratique de vos diverses activités. Plus, pour cette sesshin, je ne peux pas dire.

Commentaires de l’exhortation du vendredi 7ème soir : 

La pensée permet de structurer sa vie. La non-pensée de voir dans sa véritable nature et de la réaliser ! Rester seulement dans la pensée équivaut à vivre seulement avec ce qui se trouve dans la citrouille. Réaliser sa véritable nature revient à vivre sa nature authentique. Les deux sont nécessaires car il faut bien penser un petit peu, avec une certaine « dose de proportionnelle »… Il faut de tout pour faire une vie ! 
Vivre [avec] sa véritable nature est la situation idéale. Mais y parvenir exige d’y consacrer un « certain temps ». Arriver à la non-pensée n’est pas devenir idiot contrairement à ce que certains disent. Les pires sont ceux qui rabâchent et vous servent sur un plateau ce qu’ont dit certains maîtres du passé concernant l’inutilité du zazen. Bien sûr, en s’adressant à un disciple, un adepte, une sangha, lors d’un événement particulier, d’une certaine occasion, certains ont dit quelque chose qui « ressemble », si on le lit superficiellement, à une condamnation du zazen : 
- Matsu (jap. Baso, 709/788) pratiquait zazen seul. Nan-Yüeh (jap. Nangaku, 677/744) le vit et dit : « Ton zazen est impressionnant mais tu cherches quoi au juste ? » Matsu répondit : «  J’essaie de devenir un Bouddha. » Nan-Yüeh prit alors une tuile et se mit à la frotter. Matsu lui demande : « Qu’essayez-vous d’obtenir en polissant cette tuile ? » Nan-Yüeh : « En faire un miroir. » Matsu : « Même en la polissant [mille ans] vous ne pourrez en faire un miroir. » Nan-Yüeh : « Penses-tu devenir un Bouddha en pratiquant zazen ? » 
 - Le 6ème Patriarche du Zen, Hui Neng, (mort en 713), par qui le Zen se déploya dans toute la Chine, disait que « simplement stabiliser l’esprit et le contempler est une maladie, ce n’est pas faire zazen. » 
 - Rinzaï (mandarin : Lin Tsi, mort en 866-867) : « Adeptes de la Voie, quand je dis qu’il n’y a pas de Dharma (doctrine) à chercher au-dehors, les pratiquants ne me comprennent pas et pensent qu’il faut la chercher en dedans d’eux-mêmes. Alors, ils s’assoient et restent sans bouger, la langue collée au palais, plongés en méditation. Ils ont tout faux ! » 
Je voudrais, à ce stade, mettre les «i» sous les points. Tous ceux qui ont gravi l’Everest, ou qui ont tenté de le faire, ou qui y sont morts, se sont d’abord rendus au camp de base situé à 5 364 mètres d’altitude. Et ce camp de base on l’atteint après 8 jours de marche… Accéder au camp de base c’est pour le Zen accéder à la non-pensée, le samâdhi. Pour l’ascension de l’Everest les vraies difficultés commencent à partir du camp de base. Même la marche d’approche ne ressemble pas à une petite promenade de santé. Il en va de même pour arriver au samâdhi. Malgré la participation à plusieurs sesshins, à Rohatsu, au zazen quotidien chez soi, à une certaine hygiène de vie, le « camp de base » est parfois encore loin. Et quand on y est c’est là que les choses sérieuses commencent ! Arriver à l’état de samâdhi équivaut à rejoindre sa nature originelle, celle qu’on a toujours possédée mais dont on n’a jamais été conscient. Autrement dit cela correspond à « rentrer à la maison », au retour à son état normal, celui dont on se demande comment on a fait pour le quitter… et devenir ce qu’on aurait toujours dû être. C’est pourquoi, parfois, les maîtres du passé disent qu’il n’est pas nécessaire de faire zazen dès lors qu’on a retrouvé son être originel. Mais ils l’ont dit après avoir atteint le camp de base, donc après de nombreuses années de zazen, puis l’avoir dépassé, puis gravi le sommet, puis redescendu, car la réalité de la vie n’est pas à 8 848 mètres. Quand on arrive à son « camp de base », c’est là que tout commence car c’est là qu’on atteint sa propre base. Et en arrivant là on réalise que c’est là qu’on aurait toujours dû être et qu’on se demande comment il se peut qu’on ne s’y soit pas installé en permanence ! Donc leur soi-disant dénonciation du zazen ne sont que des mises en garde pour ceux qui pourraient se contenter de la quiétude du samâdhi ou qui penseraient que zazen permet d’obtenir une nature autre que celle que l’on possède depuis toujours ! 
Ceux qui du fond de la boue dans laquelle ils se vautrent et s’y complaisent citent certaines paroles des anciens sans jamais s’être engagés dans une pratique, qui parlent des montagnes sans les avoir jamais gravies, vaguement aperçues dans le lointain, sont ceux qui se justifient face à leur frigidité à se croiser les jambes assis sur un cousin ou qui renoncent après leur premier balbutiement. 
Lorsque, pour la toute première fois, on s’assied sur un coussin de méditation, c’est l’Eveil qui est en soi qui se manifeste. Car l’Eveil contient la pratique et la pratique contient l’Eveil. Mais à des degrés divers ! La pratique n’est pas un moyen pour atteindre le but, l’Eveil, ou l’état de Bouddha. La pratique elle-même est réalisation et Eveil. Dès la première seconde où on s’assied en zazen, l’Eveil est là. La pratique elle-même est le but. 
Pour terminer les commentaires des exhortations du « Rohatsu 2014 » je vous révèle les Fondements de l’enseignement du Zen : sans pratique, pas d’accès au camp de base ; sans camp de base pas d’accès au sommet de l’Everest. 
Je viens de quitter le « camp de base », venez me rejoindre avec vos tongs, votre cache-nez et votre coussin de zazen en bandoulière. 

Sherpa Jyoji

lundi 28 mars 2016

Exhortation Rohatsu 2014, 6ème soir

Jeudi 6ème soir 

« La vie est de brûler des questions » a dit Antonin Artaud dans son ouvrage « L’ombilic des Limbes ». Tout un titre d’ailleurs. Tant qu’on utilise l’intellect pour répondre aux questions qu’on se pose sur soi, sur la vie, d’où l’on vient, on n’obtiendra pas de réponses satisfaisantes. Momentanément peut-être, mais il y a toujours une nouvelle question qui se pose. Au bout d’un certains temps elle refait surface d’une autre manière et la réponse qui va se former conviendra à nouveau momentanément. C’est ce qu’on réalise par Zazen qui donne les vraies réponses, car elles viennent du fond des entrailles. De plus, ce qui est formidable avec le Zazen, c’est qu’il supprime les questions. Alors je vais vous donner une piste : Approfondissez votre Zazen et vos questions fonderont les unes après les autres ! C’est pas mal, non ? 

Commentaires de l’exhortation du jeudi, 6ème soir : 

Je ne sais pas ce qui se passait dans la tête d’Antonin Artaud quand il disait ou écrivait : « la vie est de brûler les questions », lui qui était tellement harcelé par elles au point que n’en pouvant plus il alla se présenter lui-même à l’hôpital Ste Anne et fut soigné à coup… d’électrochocs. Toujours est-il que l’être humain s’est toujours posé plein de questions et qu’il meurt la plupart du temps sans les avoir résolues, je pense aux questions métaphysiques, sur la vie, sur la mort. Lorsqu’un être arrive à l’âge où l’avenir est derrière lui et qu’il se penche sur son passé, il peut bien se dire qu’il a réussi sa vie professionnelle, ou amoureuse, ou ce qui est beaucoup plus aléatoire, les deux, mais la question de la mort, de la vie, ou les deux ce qui va de pair, l’a-t-il résolue ? La plupart du temps, non. Réussir sa vie d’être humain n’est pas chose simple. « Réaliser sa véritable nature » n’est pas accessible à tous. Mais gravir un à un les échelons qui y mènent, ça tout le monde peut le faire, à condition d’en avoir envie. Et cette « envie » d’apaiser son mental, de calmer ses angoisses n’est pas la vie ordinaire. Là, on sort des pulsions de l’égo : j’ai envie de ceci, je n’ai pas envie de cela. Avancer sur la Voie demande de côtoyer des personnes qui sont elles aussi engagées dans cette direction sinon on risque de s’aventurer dans la Voie qui mène tout droit « à l’entrepôt ». Et là, dans ce vaste entrepôt-dépotoir qu’est le « moi », il est facile de se perdre et difficile de s’y retrouver. D’où l’importance de fréquenter des gens « enrôlés » dans l’éveil de l’esprit. Avez-vous résolu la question : « Pourquoi suis-je angoissé dans la vie ? » Ou : « Pourquoi ai-je peur de la mort ? » Non ? Alors foncez tout droit chevaucher votre coussin de Zazen ! 

Taïkan Jyoji

lundi 22 février 2016

Exhortation Rohatsu 2014, 5ème soir

Mercredi 5ème soir

Dès le réveil le matin, dès qu’on entend le premier coup de clochette, se dire immédiatement : « sitôt assis sur mon coussin je me concentre sur le soussokkan ! » En tous cas c’est comme ça que je me « sermonnais » à Shôfuku-ji et que je fais encore maintenant. Je reconnais que ça ne marche pas à tous les coups… Rappelez-vous que chacun est le créateur de son Zazen. De la qualité de son Zazen. Et ça, tout le monde peut le faire. Ça n’a rien à voir avec l’intelligence. On peut lire un livre, voir un film et découvrir leur platitude. Cela en revient à l’auteur. Mais vous avez sûrement expérimenté la platitude d’un Zazen. Dans ce cas vous en êtes le créateur. Faites tout votre possible pour ne pas tomber dans la platitude du Zazen. Se concentrer fermement sur ses respirations est le seul moyen de résister à l’enlisement pendant Zazen.

Commentaires de l’exhortation du mercredi, 5ème soir

Dans le sport, à tout bout de champ on entend les compétiteurs parler de se motiver, de se motiver, et de se remotiver. Dans le sport de compétition les entraineurs jouent un rôle important dans la motivation des sportifs. Mais là, malgré la présence du groupe sans lequel on n’avancerait guère, on se retrouve bien seul sur son coussin de Zazen à souffrir pour beaucoup comme un martyre. Alors se remotiver mais pourquoi faire ? Pour avoir la médaille de la meilleure assise ? Pour recevoir la récompense de celui qui a le moins bougé ? Pour assurer son salut dans une prochaine vie ? La seule raison de pratiquer Zazen, de participer à Rôhatsu, est de s’éveiller à soi-même, de réaliser sa nature profonde. Là, toute idée de gloire et de profit n’existe pas. « L’esprit de la voie » est à créer en permanence sinon on peut se retrouver au Zazen dans un certain enlisement, une certaine torpeur. Nous autres qui sommes ici, sommes tous à des degrés divers animés par la quête de l’absolu, de l’éveil, de la compréhension ultime. Cela ne supporte aucune platitude du Zazen, aucune compromission, au risque de tomber dans l'enlisement.

samedi 23 janvier 2016

Exhortation Rohatsu 2014, 4ème soir



Je m’étais engagé à apporter un commentaire à chacune des exhortations que je prodigue pendant la sesshin de Rohatsu. Les jours ont passés, les semaines avec, puis les mois, et maintenant la sesshin de Rohatsu 2015 s’est déroulée sans que j’en aie fini avec Rohatsu 2014…
Donc, pour ne pas exacerber davantage la frustration de mes assoiffés disciples, adeptes, dévots, groupies, fans, élèves, partisans et lecteurs ahuris disséminés aux quatre coins de la planète voici l’exhortation du 4ème soir suivie de son commentaire. Les trois dernières soirées suivront sous peu.

Mardi 4ème soir
Je vais vous aider à comprendre quelque chose : je vous ai parlé le premier soir de l’attelage dont Taïshin et moi tenons les rênes, avec lequel on va essayer d’atteindre « l’autre rive ».
Imaginons maintenant que notre groupe « soudé et uni » soit tombé dans un tripot, qu’on est séquestré, et qu’en plus on est tous ici indigents (c’est de toutes façons un peu le cas) et il va falloir s’en sortir. Et il n’y a qu’une sortie. Et elle est à l’intérieur de soi-même. Les idiots cherchent vers l’extérieur. Dans le Zen ce n’est pas Dieu qui descend nous illuminer, c’est nous qui nous illuminons nous-mêmes, par nous-mêmes. C’est en passant du grenier de votre cerveau à la cave de vos entrailles que se trouve la solution. Nulle part ailleurs.
Dit autrement : il faut arrêter de penser !

Commentaires de l'exhortation du mardi, 4ème soir
« Faire descendre du grenier à la cave » c’est un peu comme faire descendre la nourriture qu’est le souffle, car le souffle est une nourriture, on l’oublie souvent, et s’il s’agit pour la nourriture qu’elle transite de la bouche à l’abdomen pour le souffle cela demande un peu plus de concentration. De plus il faut être imaginatif : lorsqu’on inspire on « voit » son souffle rentrer par le nez et descendre dans les poumons, mais au lieu de l’arrêter au niveau des poumons on visualise l’air descendre jusque dans l’abdomen. Comme on respire avec l’abdomen il n’est pas si difficile que ça de visualiser l’air qui descend jusque dans le ventre. C’est un exercice qui est de l’ordre de l’imagination et de la visualisation. Le ventre qui rentre et qui sort est lui bien réel. Et on peut sentir son ventre qui se gonfle et se dégonfle et se concentrer sur ce va et vient ; et apprendre à rester concentré de plus en plus intensément jusqu’à ce qu’un jour, en étant tellement concentré, plus une seule pensée ne se forme.
Ça peut prendre quelques années !

Taïkan Jyoji

lundi 30 novembre 2015

Exhortation prodiguée le dernier soir de la sesshin de Rohatsu 2015



On dit du Bouddhisme que c’est la religion de la tolérance. Mais par rapport aux événements qui se sont produits un certain « vendredi 13 », personnellement je ne sais comment interpréter cette « tolérance » : comment tolérer l’intolérable ?
Deux jours avant Rohatsu j’ai demandé à une amie, élève, qui habite Paris, Céline, de déposer en mon nom et au nom de la Falaise Verte une bougie à la place de la République.
La tolérance c’est facile pour des petites choses mais si on me questionne à ce sujet concernant la position du Bouddhisme par rapport à ces derniers événements, je n’ai pas de réponse. Je ne sais que faire, que dire. Je reste abasourdi.

Le lendemain du 13 novembre j’ai écrit ce poème :

Seul, ce soir, éloigné de tout,
Sur le rebord de mes fenêtres
Des bougies brûlent,
De l’encens se consume,
Mes larmes coulent.
Ça ne sert à rien.
Mais quand même…

Il y a une chose qu’on peut quand même faire : c’est faire grandir son cœur et faire grandir son esprit. Dans la langue sino-japonaise « cœur » et « esprit » c’est le même caractère. Faire grandir son cœur et son esprit, ça on peut le faire.

Ne laissez jamais tarir votre soif de réalisation.

Taïkan Jyoji